Le mot du
grand maître

Il y a un peu plus de six ans, un certain nombre de Frères réguliers, voulant s’extraire d’une Franc-maçonnerie métropolitaine quelque peu tonitruante et décalée, ont jeté les bases d’une Franc-maçonnerie régulière et îlienne. À cette époque, j’étais loin de me douter que, faisant partie de ses fondateurs, je serais amené, quelques années plus tard, à diriger la Grande Loge Régulière de Tahiti et des archipels, reprenant ainsi les traces et le sillon de mes prédécesseurs que sont Philippe Gestas et Teiva Godefroy. Prendre le Grand Maillet après eux fut à la fois difficile et facile. Difficile dans le sens qu’ils ont excellé dans leurs tâches de Grand Maître et facile parce qu’ils ont bien fait et que la succession en a été facilitée.

Certes, je ne peux occulter la crise d’adolescence que nous venons de traverser. Elle suscite en moi beaucoup d’interrogations et m’incite à la prudence, à l’image du coq de nos cabinets de réflexion qui nous rappelle la vigilance. D’une certaine façon, cela confirme que le travail d’un Franc-maçon ne s’arrête jamais, confortant ainsi que la volonté et la liberté première de la Franc-maçonnerie, qui éclaire la position de notre société, est de se définir, non comme une religion, encore moins comme une secte, mais comme une démarche spirituelle basée sur la liberté de chacun et donc sur la tolérance réciproque.

Nous devons réunir ce qui est épars. À elle seule, cette maxime résume l’ouverture et la volonté maçonnique. C’est-à-dire que nous refusons, par exemple, les positions extrêmes visant des dogmes autant politiques que religieux, l’égoïsme forcené, le matérialisme à outrance… pour ne citer qu’eux, dans l’inventaire des maux qui nous concernent tous. L’engagement maçonnique cherche à rendre, à chacun, sa libre conscience, dans le respect de sa personnalité unique, de sa culture et de sa croyance profonde. Le Franc-maçon se reconnaît en chacun d’entre nous et fait sienne cette pensée de Saint-Exupéry : Si tu diffères de moi, mon Frère, loin de me léser, tu m’enrichis !

Un Grand Maître n’a pas plus de pouvoir que n’importe lequel des Frères de son Obédience. Simplement, le Grand Maître est l’animateur des Loges qui composent son Obédience et, bien sûr, le responsable de tous les Frères qui la composent. Je sais également qu’il n’est pas besoin de réussir pour entreprendre, que lorsque les outils me tomberont des mains, d’autres mains les reprendront avec autant d’assiduité, et que la chaîne des Maçons, unis au fil des siècles, continuera le travail d’émancipation des consciences, initié dans la nuit des temps, dans la petite lueur frémissante de l’espérance en le meilleur de l’Être Humain.

Espérons que ce que nous avons entamé, il y a six ans, perdure ad vitam aeternam… Ce vœu est d’ailleurs soutenu par la devise de la Grande Loge Régulière de Tahiti : « PERSÉVÉRANCE & VIGILANCE »

Vive la GLRT !
Vive la Franc-maçonnerie Universelle !

Philippe Slowinski
Grand Maître

Discours d’investiture du samedi 16 mars 2019

Tahiti, le samedi 16 mars 2019
TRF GM d’Honneur, TRF, RF, TVF, VF, Vénérables Maîtres et vous tous mes Biens Aimés Frères.

Les anciens se souviendront d’une planche du RF Pierre Mourier intitulée le temps des Shudras une des quatre castes indiennes intitulées varnas. En fait la dernière des castes la plus basse et qui correspond aux serfs européens du Moyen âge. Moi-même je m’en suis largement inspiré dans mon livre « Tannhäuser ».
Vous me direz, pourquoi nous parle-t-il de cela ?
Nul d’entre-vous n’ignore la période troublée que traverse la métropole avec l’épisode des Gilets jaunes. Comparons leurs revendications à l’état des Shudras. Finir la fin du mois, manger, survivre ce sont les principales revendications, il y a bien longtemps que ces Gilets jaunes que l’on peut apparenter au Shudras, ne croient plus au message spirituel des brâmanes, première des castes et qui représentaient la caste spirituelle, pas plus d’ailleurs que les kshatriyas de la deuxième caste, ces héros qui ont protégé de tout temps le Pays et enfin les Shudras n’ont pas plus de respect envers les vayshias troisième castes qui pourtant jusqu’à peu de temps leur ont permis de vivre même chichement grâce aux salaires versés.
Vous me direz, c’est de la spiritualité orientale, rien à voir avec le monde occidental. Alors comparons ce qui est comparable et analysons cet état de fait avec le principe de la pyramide de Maslow. Les gilets jaunes se trouvent alors au premier niveau, celui de la survie. Survie individuelle et non collective ce qui explique qu’ils refusent toute représentation d’un Chef. Niveau où la violence se justifie à chaque instant pour survivre.
Samedi 9 mars, la semaine dernière, les Gilets jaunes de Tarbes ont saccagé le temple maçonnique du Grand Orient de France, dernière manifestation d’un anti-maçonnisme en pleine évolution. En novembre dernier, lors de la Conférence Mondiale des Grandes Loges Régulières, tous les Grands Maîtres se sont levés et ont applaudi le Grand Maître d’Italie qui venait de relater les moments difficiles que traversent nos Frères Italiens fassent à un fascisme en plein renouveau.
Mes Frères, le monde change et par certains aspects se radicalise comme aux heures les plus sombres de notre histoire. Quelles solutions pouvons-nous apporter à notre niveau pour enrayer cette progression funeste ? La Franc Maçonnerie a-t-elle encore se pouvoir de mobiliser ses Frères pour de grandes cause, est-elle perçue encore par les profanes comme un « courant de pensée » rappelons ces grands noms Schœlcher, Brossolette, Louis Amstrong et Buz Aldrin, Goethe, Benjamin Franklin… et la liste est très longue…
Ou sommes-nous perçus dans un courant d’occultisme comme la bête immonde. Certains Gilets jaunes le pensent, mais aussi les extrémistes qu’ils soient de droite ou de gauche.
Face à cela, face à la haine, je ne vois qu’une méthode, celle de garder intact notre objectif de Franc Maçon, rayonner de tout notre être vers le monde profane, montrer à tous, notre tolérance, notre amour envers l’Autre.
Vous m’avez élu l’année dernière dans des circonstances difficiles, je vous dois maintenant une réélection plus apaisée, permettant de reprendre le parcours vers l’avant de notre belle maison qu’est la Grande Loge Régulière de Tahiti et des Archipels, je garde en fanal l’objectif d’aide à la communauté pour mon mandat de Grand Maître mais pour revenir aux propos du début de mon intervention, je vous exhorte à rester fiers de vos valeurs, fiers de vos engagements, et je n’ai pas cité Pierre Brossolette au hasard soyez fiers d’affirmer haut et fort votre appartenance maçonnique. Ce n’est qu’à ce prix que nous réussirons à faire reculer l’ignorance qui engendre les peurs et la violence.
Ainsi, mes Frères, travaillons au sein de nos loges avec assiduité, et par une conduite vertueuse, affable et discrète montrons au monde l’heureuse et bienfaisante influence de notre Institution.
Et pour reprendre la phrase favorite de mon ami et Frère qui a donné son nom à notre médaille du mérite fraternel : « Je vous aime mes Frères ».

TRF Philippe Slowinski
Grand Maître